Sur les réseaux sociaux, n’importe qui peut prodiguer des conseils. L’idéalisation du chien que les réseaux transmettent indirectement fait croire que l’éducation d’un chien se doit d’être facile, sans effort, rapide, comme si comprendre le comportement canin, les techniques utilisées et l’effet de ces méthodes sur l’animal dans les vidéos n’était pas important et sans conséquences.
Aucune réglementation n’encadre les éducateurs canins. Demain matin, n’importe qui, sans aucune formation, peut se dire éducateur canin spécialisé et aider Ginette avec son berger allemand qui a déjà mordu à plusieurs reprises. De plus, puisqu’aucune réglementation n’encadre le milieu, les éducateurs canins qui ont suivi un cours en 1980 peuvent ne pas avoir mis à jour leurs connaissances, malgré les nouvelles études sur l’éthologie canine démontrant les nombreux risques des méthodes traditionnelles, qui sont aujourd’hui désuètes dû aux répercussions sur le bien être du chien.
Plusieurs écoles ne sont pas à jour et transmettent encore les apprentissages des méthodes traditionnelles pour nos animaux domestiques et les futurs éducateurs canins.
Dominance, punitions extrêmes, techniques dangereuses, mythes sur les chiens : certaines méthodes peuvent augmenter le stress, créer de la peur et empirer les comportements.
Pourtant, sur les réseaux sociaux, ce sont les vidéos qui génèrent le plus de « likes », d’abonnements et de commentaires puisqu’on remarque une évolution rapide du comportement chez le chien. Puisque l’effet est rapide et « WOW ! », les propriétaires de chiens sont portés à encourager et appliquer ces méthodes avec leurs compagnons. Ce que l’on remarque souvent, c’est que les chiens qui ont subi ces techniques doivent finalement faire affaire avec un comportementaliste, puisque le chien n’a finalement pas appris ce qu’il devait faire, mais plutôt la peur et l’impuissance acquise. Dans ces méthode il n’est pas rare de voir des chiens figés, présentant des signes de stress, où les signaux sont ignorés. Les chiens qui subissent ces méthodes finissent souvent par ne plus communiquer dans une situation d’inconfort et passer à l’action d’une morsure sans préavis alors q’une séquence normale de morsure passe d’abord par un avertissement qu’on peut lire dans le corp du chien et vocalement, par ses grondements.
crédit photo: Alice Mignot-éducatrice canine
En effet, selon Émily Larlham (s.d.) « Multiples études mettent en cause cette méthode, notamment pour le risque d’augmentation des comportements de peur, d’agressivité, voire de rupture du lien humain-chien (source : Applied Animal Behaviour Science, 2008). Les professionnels modernes s’en éloignent de plus en plus, sauf dans certains contextes particuliers. »
La société privilégie l’accès à l’information rapide, voire immédiate, avec les réseaux sociaux et, depuis peu, l’IA. Au fil des années, nous nous sommes habitués à cette rapidité dans l’obtention de nos informations. C’est devenu une norme d’avoir tout rapidement. Selon Niglio, L. (26 juillet 2024) : « Cette culture de l’immédiateté influence notre capacité de concentration et notre patience. L’habitude de tout obtenir immédiatement peut diminuer notre tolérance à la frustration et altérer notre aptitude à mener des tâches qui demandent du temps et de la persévérance. Nous devenons moins enclins à prendre le temps de réfléchir en profondeur, privilégiant souvent des solutions rapides et superficielles. »
Les consommateurs de vidéos sont sous l’emprise des réseaux sociaux. Ils font défiler les « réels » pendant des heures, tous les jours. Ils prennent des informations venant de n’importe qui et se trouvent souvent pris au piège, pensant que l’information entendue provient d’une source fiable alors qu’en réalité, c’est de la désinformation ou de l’information totalement désuète. Le plus dommageable ici, c’est qu’ils croient que l’information est exacte. Que l’information soit bonne parce que la vidéo a 10 000 « j’aime », que l’auteur détient plus de 10 000 abonnés sur son compte ou simplement parce que la vidéo de 30 secondes a démontré un résultat rapide. Qu’en est-il de la véracité de ce que l’on y trouve ? L’auteur a-t-il une certification à jour sur son sujet ?
Selon un article de Bechet, R. (6 janvier 2026) : « Les réseaux sociaux sont plus populaires que jamais et ont établi un nouveau record mondial en 2026. Selon DataReportal, en juillet 2025, on dénombrait 5,24 milliards de personnes sur les réseaux sociaux, soit 65,7 % de la population mondiale. Deux ans auparavant, en juillet 2023, les utilisateurs étaient au nombre de 4,88 milliards, soit 60,6 % de la population mondiale. »
On regarde des vidéos spectaculaires de 30 secondes d’un chien qui fait des tours à la perfection avec une obéissance A1, on aime tous ça, c’est l’effet “WOW” !
Le danger ici est ce qu’on ne voit pas et ce qu’on ne nous dit pas pour se rendre à ce que le chien fait dans la vidéo. Il y a souvent des centaines, voire des milliers d’heures de travail en obéissance et en engagement avec son chien derrière cela. La vidéo stipule « nouveau tour en 5 minutes » alors que la réalité en sera tout autrement. Pour un maître et son chien, ce sera peut-être 5 minutes par jour sur plusieurs semaines pour arriver au même résultat parfait comme sur la vidéo, alors que, pour un autre duo, ils y arriveront en 3 jours. Les gens qui partagent l’information ne prennent pas en compte que chaque chien est différent.
crédit photo: Emma and Joy
C’est avec ces vidéos de chiens parfaits faisant des tours extraordinaires que les propriétaires de chiens commencent à idéaliser leurs compagnons et se créent des attentes irréalistes. Ce phénomène a un véritable impact émotionnel chez les propriétaires de chiens ; sentiment d’incompétence, culpabilité et/ou frustration et découragement quand leurs chiens ne ressemblent pas aux chiens parfaits vues sur internet. Il est important de garder en tête lorsqu’on défile les vidéos, que plusieurs sont des montages, où on ne voit pas les heures de travail passées derrière, les erreurs, ni les échecs.
Prenons l’exemple de l’éducateur canin qui promet de « transformer » le comportement de votre chien en achetant un podcast sur le sujet ou en une séance. Les propriétaires qui ne s’y connaissent pas en matière d’éducation y croiront. Ils croiront que c’est possible de « transformer » un chien, aussi rapidement et c’est à ce moment précis qu’ils développent des attentes trop élevées : ils veulent des chiens calmes en tout temps, neutres ou heureux, qui ne grognent pas, qui ne jappent pas, avec un niveau d’obéissance militaire, qui aiment tout le monde et ce, rapidement.
Les réseaux sociaux nous font-ils oublier ce qu’est un chien ? Creuser, japper, tirer, grogner sont tous des comportements normaux, traduisent souvent par, de l’ennui, de la peur, de la communication, de l’excitation, des erreurs d’apprentissage ou simplement des comportements que le chien n’a pas appris à gérer.
La société aujourd’hui veut tout rapidement et les gens deviennent découragés trop vite. Un être vivant ne s’éduque pas en 2 mois ni en 1 heure. Combien d’années passons-nous, nous les humains, à éduquer nos enfants ?
Les plateformes sont bien garnies d’informations sur tous les sujets abordables de la vie, ce qui peut être pratique et rendre nos vies plus simples, mais peu de gens accordent de l’importance aux qualifications de l’auteur des vidéos, ce qui peut devenir une problématique importante, en plus de privilégier des solutions rapides et superficielles. Sans oublier les méthodes désuètes, car l’auteur n’est lui-même pas à jour ou même pas qualifié. Les consommateurs ne s’en rendent pas compte, surtout sur les sujets où ils ne connaissent pas les notions. C’est facile d’être floué par les nombreuses vidéos qui prônent des solutions rapides aux résultats extraordinaires, souvent appuyées par des milliers de personnes, ce qui rend l’information encore plus crédible.
Malgré les nombreux aspects négatifs des réseaux sociaux, ceux-ci peuvent également avoir des effets positifs sur l’éducation canine. Plusieurs éducateurs qualifiés et à jour utilisent les plateformes pour sensibiliser les propriétaires au langage canin, au renforcement positif et au respect du bien-être animal. Les réseaux sociaux permettent aussi de rendre l’information plus accessible et de démocratiser certains sujets auparavant moins connus du grand public. Le problème ne réside donc pas dans les plateformes elles-mêmes, mais plutôt dans le manque d’esprit critique face au contenu partagé.
En conclusion, les réseaux sociaux donnent souvent l’illusion que l’éducation canine est rapide, simple et sans effort. Pourtant, un chien est un être vivant avec ses émotions, ses limites et son propre rythme d’apprentissage. Lorsqu’on oublie cela, on risque de briser la communication et la relation de confiance entre l’humain et l’animal. Éduquer un chien, ce n’est pas reproduire une vidéo : c’est construire une relation durable.
Écrit par Ô Paw 27 mai 2026
Bechet, r. (2026)”statistique des réseaux sociaux 2026: l’utilisation des reseaux sociaux en france” agorapulse https://www.agorapulse.com/fr/blog/statistiques-des-reseaux-sociaux-2024-lutilisation-des-reseaux-sociaux-en-france/#statistiques-mondiales-sur-les-reseaux-sociaux-il-ny-a-jamais-eu-autant-dutilisateurs-quen-2026
Niglio, L. (24 juillet 2026) “L'Instantanéité de notre société : Impacts et Réflexions” linkedin https://fr.linkedin.com/pulse/linstantan%C3%A9it%C3%A9-de-notre-soci%C3%A9t%C3%A9-impacts-et-r%C3%A9flexions-lucas-niglio--r2fef
Larlham, E. (S.D.) “Les différentes méthodes d’entrainement” Évolution Canine https://evolutioncanine.ca/comment-dresser-mon-chien-methodes/
Mignot, A. (S.D.) “Les méthodes traditionnel/ coercitives” Dans la tête des chiens https://danslatetedeschiens.fr/les-methodes-traditionnellescoercitives/